Ce signe a été introduit dans le français en 1531
par Tory. L'apostrophe est dérivée du comma
ou barre qui séparait les mots, elle est apparentée
à la virgule qui dérive aussi de ce signe mais qui est
descendue à la ligne. L'apostrophe est une sorte de virgule
lexicale et interne, un signe diacritique qui joue un rôle
orthographique et qui entre donc en concurrence avec d'autres signes :
le trait d'union (grand'mère et grand-mère), la soudure
(s'entraider et s'entr'aimer). Toutefois, elle joue un rôle
grammatical aussi parce qu'elle affecte les mots en fonction de
leur nature , de leur place dans l'énoncé et
qu'elle rappelle leur fonction (va-t'en et va-t-il).
Elle sert à remplacer une voyelle quand on veut éviter
l'hiatus. Elle se rencontre aussi dans la langue populaire afin
d'indiquer un e caduc qui ne se prononce pas. Elle marque parfois l'apocope
ou l'aphérèse,
suppressions de la finale ou du début d'un mot.
L'apostrophe ne doit pas être confondue avec la minute d'angle
qui doit être oblique et non droite comme
ici : 10° 4' (dix degrés, quatre minutes). Cette
unité de mesure a comme seule abréviation légale
ce signe. En revanche, la minute horaire s'abrège
min et non autrement. L'anglais emploie aussi l'apostrophe
virgulée afin d'abréger le pied en concurrence avec ft
pour foot. En revanche, il utilise des guillemets virgulés simples
pour les citations de second niveau ‘..’.
Enfin, l'apostrophe se colle au mot qu'elle abrège même si
l'on peut avoir l'illusion d'une espace en présence de certaines
lettres arrondies, elle appartient à ce mot.
1. L'apostrophe pour
l'élision
– C' pour les pronom démonstratif ce : c'est bien. Attention !
C'est-à-dire s'abrège en c.-à-d.,
le point abréviatif note les
lettres absentes. L'adjectif
démonstratif ce ne s'élide pas devant voyelle, il change
de forme et il devient tonique : ce
garçon, cet adolescent. L'élision intervient
devant d'autres voyelles que e : ç'aurait
été bien, ç'a eu payé.
L'élision dans c'te heure, c'film est
populaire, elle se produit pour l'adjectif mais il s'agit à plus
proprement parler d'une syncope ou chute de phonèmes internes.
On peut noter d'autres
élisions populaires pour le pronom comme : c'pas ?
(n'est-ce
pas), c'peut êt' (ce peut être), c'qu'i d'vient
(ce qu'il devient).
– D' pour l'article indéfini, le partitif, la préposition
de ou des : d'autres ont dit, il
parle d'un livre, d'obscurs
nuages, savoir d'avance..
Cet article est présent dans le mot aujourd'hui (au jour de maintenant,
hui vient du latin hodie ou ce jour, il avait le sens
d'aujourd'hui). Mais dans prud'homme
et prud'homal l'apostrophe
note une fausse coupe de l'adjectif (voir plus bas).
–- J' pour le pronom personnel je
: j'en viens.
Cette forme devient ch' dans le langage
populaire devant une consonne sourde et elle s'agglutine
alors parfois au verbe : chais pas, ch'peux pas.
–- L' pour l'article défini le,
la : l'élève,
l'horloge. L' pour le pronom personnel le, la : il l'a donné(e). En
revanche, le pronom personnel lui
ne s'élide pas devant voyelle : je le lui ai donné.
–- M' pour le pronom personnel me
: tu m'as lu ; pour moi devant en et y : donne-m'en.
–- N' pour l'adverbe ne
: il n'a pas lu.
L'élision conduit à une perte du
véritable adverbe négatif ne, surtout
après
on : on n'écrit pas et on écrit pas.
La construction n'est plus analysée avec le seul vrai adverbe
négatif
de la phrase et c'est la copule qui prend alors le sens de la
négation
alors qu'elle exprime un terme positif.
–- Qu' pour les pronoms relatif, interrogatif que : le livre qu'il a lu. De même
pour que conjonction de
subordination.
Les dérivés suivants de que
conjonction s'élident :
– Jusque : jusqu'à. Sans
élision, nous avons une paragoge
: jusques et y compris.
– Lorsque : lorsqu'il le faut.
– Parce que : parce qu'on le dit.
– Presque : seulement dans le
mot composé presqu'île.
– Puisque : devant il, ils, elle, elles, on, en, un une.
– Quoique : seulement devant il, ils, elle, elles, on, un, une.
Et aussi
– Quelque : seulement dans le
pronom indéfini quelqu'un,
quelqu'une.
–- S' pour le pronom personnel réfléchi se : il s'est
regardé. S' pour l'adverbe si
devant il : s'il le veut, s'il te plaît.
Dans l'abréviation S. V. P., le point note les lettres absentes
et traite l'ensemble s'il comme un tout, de même que dans
c.-à-d.
– T' pour le pronom personnel te
: il t'a lu ; pour le pronom
personnel toi devant en et y : va-t'en, mets-t'y. Attention ! le t' n'est pas un -t- dit euphonique que l'on trouve
à la troisième personne : va-t-il, va-t-on, va-t-elle. La forme t'
pour tu est populaire
et relâchée : t'as vu ?
2. Quelques cas particuliers
– L'apostrophe dans les patronymes irlandais O' ou « fils
de » : O'Connor.
– L'italien possède des règles particulières :
– Élision des articles lo, la, una, des articles
contractés allo, alla, dello,
della.
– Élision facultative de la préposition di, de l'article gli devant i, de l'article
féminin le, des
pronoms personnels mi, ti, si , si,
vi, ci, lo, la, ne.
– Des mots comme buono, grande,
santo, bello, nessuno, povero, tutto, questo, quello, che, anche,
perche, otto, dove...
– Apocope facultative de : signor(e),
fedel (fedele), siam(o), son(o), un(o), bel(lo), un(o), gran(do),
buon(o), qual(e), tal(e), san(to)...
L'élision
a lieu devant voyelle, elle est obligatoire dans certains cas ou
interdite lorsque le mot est invariable. L'apocope supprime totalement
la lettre et n'indique pas son absence : Santo Antonio, Sant'
Antonio et San Antonio sont des formes concurrentes. L'apocope se
produit le plus souvent devant consonne, mais non exclusivement.
– Le génitif anglais : A
Winter's Tale. Elle est utilisée comme
marque d'un complément de détermination qui note
l'appartenance : Jim's book (le livre de Jim). Ou bien
pour indiquer le lieu : at Tiffany's. On la retrouve dans des
noms
de lieux français : chez Maxim's.
– Les pluriels anglais d'abréviations : des PC's (des Personal Computers,
des ordinateurs personnels), des CD's (des compact-disques ou disques
compacts),
des DJ's (disc-jockeys), des
G.I.'s
(Governement Issue,
fournitures du gouvernement). Cet usage
est jugé incorrect en français, tout comme l'emploi d'un
pluriel pour une abréviation non lexicalisée. On la voit
par contamination
dans des constructions plus ou moins anglo-saxonnes, même si
l'abréviation
n'a rien d'anglais, par exemple : des BD's (des bandes
dessinées), des OVNI's (des objets
volants non identifiés et non des UFO ou unidentified flying objects).
L'apostrophe est légitime dans les pluriels des mots anglais
abrégés,
elle est même exigée dans un bon niveau de langue afin de
bien indiquer que la marque du pluriel ne fait pas partie de
l'abréviation.
Toutefois elle n'appartient pas alors aux règles de la grammaire
française, pas plus que le -s de pluriel ajouté.
–- Les faux génitifs anglais : c'est l'apostrophe des coiffeurs,
Créa'tif, Imagin'hair.
Cette apostrophe furieusement tendance ne montre pas un esprit
très imagina'tif. La base est presque toujours la même :
un mauvais jeu de mots sur tifs
ou hair, ou bien un rappel de
la fonction commerciale avec coup',
coiff', styl'.
L'apostrophe ne fait pas seulement modern', elle rappelle par sa
forme que le figaro manie les ciseaux et qu'il coupe donc. D'autres
fois, l'apostrophe peut connoter la vitesse, rapid' est moins lent que rapide.
–- Le faux anglicisme pin's,
on peut lui préférer épinglette. L'apostrophe ne
correspond à strictement
rien d'anglais même si le mot est tiré de l'anglais pin
(épingle) comme dans pin-up. Pourquoi l'apostrophe
a-t-elle
été utilisée ? Pour faire anglais, certes... Mais
aussi à cause de la prononciation : lu à la
française
pin devient comme un pain ou un pin parasol, lu
à
l'anglaise cela devient une pine obscène... L'apostrophe
devrait donc indiquer la consonne à prononcer. Mais justement...
les termes populaires avec apostrophe suivie de s n'ont pas de s
prononcé !
–- La 'Pataphysique, science des solutions imaginaires fondée
par le docteur Faustroll.
3. Les coupes
a) Les élisions internes
– Les apostrophes ont été supprimées dans les mots
suivants entrouvrir, entracte,
entraide, entraccorder, entraccorder, entraccuser. Elles sont
conservées dans s'entr'aimer,
sentr'égorger, entr'apercevoir, s'entr'appeler, s'entr'avertir. Ces
cinq verbes constituent des exceptions. On
a écrit avant 1932 les composés de entre ainsi : entr'ouvrir,
entr'ouverture. Cette forme de fausse soudure est
condamnée
à disparaître au profit de la soudure complète. Le
Robert 2001 donne entrapercevoir (et
comme variante entr'apercevoir)
et entre-égorger, le
deuxième étant une fausse
bonne solution vu les autres constructions largement majoritaires pour
les verbes commençant par voyelle. Tous les mots formés
ainsi
montrent un énorme cafouillage que l'on perçoit
encore dans la double graphie s'entredétruire
et s'entre-détruire.
Il y a eu l'illusion que le trait d'union pouvait être
remplacé
par l'apostrophe et cela a brouillé les références.
b) Les fausses coupes
–- L'apostrophe de grand'mère
est devenue un trait d'union depuis 1935. Pour plus de détails,
voir la page consacrée à grand.
– Les noms prud'homme, prud'homie,
l'adjectif prud'homal
sont formés à partir de l'adjectif prod, « sage
» en ancien français. L'apostrophe ne sert pas à
noter une élision, mais une liaison. Elle ne correspond pas
à un article indéfni ou une préposition
dans prud'homme qui est victime d'une fausse étymologie
où
l'on imagine que l'apostrophe serait médiévale alors que
la forme dérive du masculin prod.
Le dérivé absurde, délirant et incongru prud'femme
existe en Suisse. Voir ce mot. Attention ! on écrit
prudhommerie, prudhommesque
à partir du nom du personnage d'Henry Monnier, Joseph Prudhomme.
Le penseur Joseph Proudhon et le peintre Prud'hon tirent leur nom de
cette racine.
3. Coupes populaires
L'apostrophe peut être utilisée pour
indiquer d'autres amuïsssements.
– Devant consonne : j'sais pas ; ch'peux ;
t'veux.
– Pour des termes atones en général
: c't'affaire, c'qu'i' caus', v'z avez vu.
– I pour il (apocope) : i' a
pas (il n'y a pas). Signalons que la graphie y' a est
totalement
erronée car le phonème élidé ne se trouve
pas
après.
Variante plus ou moins rurale et ancienne : a'
pour elle. A' veut pas.
– L'aphérèse peut aussi être
marquée : 'z ont vu (ils ont vu). La graphie z'
est
absurde.
– Des contractions : M'ame, M'sieur, 'Sieur-Dames,
M'zelle, 'jour.
– Des pluriels contractés : entre quat'z-yeux
(avec une erreur de prononciation), les Gad'zarts (les gars des Arts et
Métiers).
– Des noms composés :
le Boul' Mich' (boulevard Saint-Michel), le caf' conc' (café
concert, à noter l'absence de cédille à cause de
l'apostrophe), les Bat' d'Af' (bataillons d'Afrique du Nord).
– Une fausse apostrophe
anglaise est présente dans
une des graphies de binz, bintz : bin's. Cette apostrophe est
plaisante
car le terme provient de la troncation de cabinets par
aphérèse
et apocope. Le terme parodie donc les noms de lieux avec un
génitif
anglais.
– Dans le terme djeuns,
l'apostrophe est inutile. Elle ne modifie pas la prononciation.
Pour plus de détails
sur ces changements , voir la page consacrée aux métaplasmes
(et en particulier l'apocope, l'aphérèse, la syncope).
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